Philosophie d'un esprit frappeur (et frappé)

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mr X

    c lui mr masiero

  Voilà, c'est fini, un jour j'apprends qu'il est mort. Sa voisine me regarde, je ne m'en rends pas compte, je ne la vois plus. Je lui tourne le dos, sans même la saluer. Je suis un somnambule, la rue est déserte, sa maison délabrée me fait face. Sa porte, avec sa peinture écaillée, sa vitre brisée, ses ferrures rouillées, m'appel. C'est trou noir, un puits de souffrances où la mort résonne sans fin. Je l'imagine, après un match, traverser la rue pour rentrer chez lui. Il pose la main sur la poignée, cherche ses clefs, ne les trouves pas. Ses doigts se crispent, ses mains pressent sa poitrine. Quelques secondes ont suffi, plus aucun son ne sortira de sa bouche, son cadavre me fixe, son cadavre m'hypnotise. Personne n'a fermé la porte. Je ne veux pas rentrer, voir les objets qui lui ont appartenu, les pièces où il a vécu des années. Je rentre. Tout est dans l'ombre, l'ombre du souvenir, celle qui me déchire le cœur, fend mon crâne de douleur. Les instants du passé affluent, les rires joyeux, l'insouciance, l'innocence. Avant, quand je n'étais encore qu'un môme, avant, quand il vivait toujours. J'ai mal. Je m'effondre sur le sol couvert de poussière. Je reste longtemps immobile. Je ne veux plus penser, je ne veux plus voir. Ni toucher. Je ne veux plus être. Il me faut de longues minutes pour m'isoler de mon angoisse. Je me relève, fais des efforts pour avancer jusqu'à son salon. L'odeur de son cigare flotte encore. Ou c'est ce que je crois. J'en inspire une grande bouffée. Mes yeux me piquent, ma vue se trouble. La pièce était en travaux. Il n'a pas pu les finir ; il est mort avant. Le canapé effondré est recouvert d'une fine couche de plâtre.  Je lève la tête, les toiles d'araignées pendent du plafond. Le lustre menace de se décrocher. Des pots de peinture jonchent le sol. Je m'approche d'un meuble vermoulu. J'y prends la photo cornée qui tient en équilibre instable contre le mur.

         Ma main tremble. La gorge serrée, je pose les yeux sur son visage rieur. Je détourne le regard, je n'ai pas besoin de le voir, je me le rappelle dans les moindres détails. Ses traits sont gravés dans ma mémoire depuis toujours. Il y a des années que ses yeux gris m'habitent. Quand il me taquinait, son reagrd moqueur pétillait de vie. Je me souviens, le premier jour où je l'ai vu, ce qui m'a frappé, ce n'était  ni son visage prognathe, ni l'arête droite de son nez. C'étaient sa moustache blonde à la Francis Blake, qui lui aura valu le surnom d'Astérix. Et le vent d'hiver laissait toujours un épi dans ses cheveux clairs, parsemés de blanc. La boule tapit au fond de ma gorge se distille ; des perles salées éclaboussent le papier glacé, que je tiens toujours dans mes mains crispées. Une brèche s'est ouverte ; que je ne pourrais jamais refermer. 



Article ajouté le 2008-04-05 , consulté 37 fois

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lulu site : mayounette.blog4ever.com | le 27/04/2008 à 20:26:09
jadore se texte

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